La crise et les Régions
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La crise financière actuelle a révélé les défauts d’un système économique insuffisamment régulé et mal organisé. Elle aggrave des perspectives économiques et sociales déjà particulièrement sombres et met en lumière les erreurs des politiques conduites depuis de nombreuses années.
Le gouvernement, avec près de 150 milliards d’euros évanouis en niches et bouclier fiscaux depuis 2002 s’est lié les mains plutôt que de favoriser la croissance et le désendettement de l’Etat. Ces cadeaux fiscaux n’ont eu aucune retombée économique et le pire serait aujourd’hui de se limiter à un sauvetage des banques sans rien changer des raisons profondes qui affaiblissent notre économie.
D’abord la culture de l’innovation qui suppose un effort sur la recherche, l’enseignement supérieur et l’appui à la création d’entreprise. Le Grenelle de l’environnement constitue une formidable occasion d’orienter les dépenses publiques vers les nouvelles activités créatrices d’emploi et d’innovations technologiques : écoproduits, transports collectifs non polluants, nouvelles énergies, etc. Comment financer ces retombées exceptionnelles sans plan de relance ?
Ensuite, nous devons comprendre que la faiblesse de l’investissement de nos entreprises, notamment des petites et moyennes entreprises (PME), freine leur dynamisme et par conséquent leurs performances. La taxe professionnelle, par exemple, telle qu’elle est calculée aujourd’hui, pénalise l’investissement productif. Les PME françaises sont trop petites et peinent à disposer de fonds propres suffisants pour investir et grandir. Pourtant la France dispose de réserves d’argent colossales grâce à l’épargne des ménages, qui est bien supérieure à celle des autres pays de l’OCDE.
Au lieu d’engloutir ces fonds dans le financement de la dette publique, l’évasion fiscale et la spéculation immobilière, nous pouvons au contraire orienter cette épargne, et notamment l’assurance-vie, vers les entreprises.
Avec des véhicules financiers sécurisés et dédiés à ces problèmes, cela garantirait aux PME, voire à nos grandes entreprises, d’une part de résister aux fonds spéculatifs cannibales et d’autre part de financer d’une manière stable et sereine leurs investissements et donc d’améliorer leur compétitivité. Orienter l’épargne vers l’économie réelle doit être une priorité.
Enfin, il devient urgent de changer radicalement notre gouvernance économique. Comme nous le constatons tous, l’Etat apparaît plus comme un pompier que comme un investisseur actif et avisé. Il contraint plus qu’il ne libère les forces créatrices et productives de notre pays. Il faut aller chercher la croissance sur le terrain.
L’innovation, qui détermine la compétitivité des entreprises, dépend de la collaboration étroite des acteurs locaux : grandes entreprises, PME, universités, collectivités, qui impulsent ensemble les synergies territoriales créatrices de richesses et d’emplois pérennes. C’est donc au niveau régional que le développement économique et l’appui aux PME trouvent leur pertinence.
Les régions françaises, avec leurs moyens, le prouvent aujourd’hui. Leurs budgets de recherche consolidés équivalent à celui de l’Agence nationale de la recherche (ANR). Mais pour entrer dans l’économie de l’innovation, elles doivent être confortées dans leur rôle de pilote de l’action économique sur nos territoires. Les chefs d’entreprise ne s’y trompent pas. Depuis l’effondrement des marchés financiers, ils sont de plus en plus nombreux à faire connaître leurs difficultés de bouclage des plans de financement de leurs projets de modernisation, de recherche ou d’innovation.
Dans ce contexte exceptionnel, des mesures exceptionnelles s’imposent. C’est pourquoi dès le 7 octobre à Toulouse, j’ai proposé la création d’un fonds spécifique de soutien aux PME au côté d’OSEO - la banque publique dont la mission est de financer les PME. Nos voisins nous le démontrent depuis longtemps : la réussite économique s’appuie sur des régions fortes qui ont à la fois la capacité financière et stratégique d’agir et la proximité indispensable pour convaincre et cibler les aides.
L’action publique a plus que jamais besoin de clarté pour être efficace. Dans tous les autres Etats européens, les collectivités et l’Etat se réunissent pour trouver des solutions communes. Comment se fait-il que cela ne soit pas le cas en France ? Et que, au contraire, la capacité d’action des régions françaises soit régulièrement sapée par le désengagement de l’Etat qu’elles doivent compenser ?
A l’Etat le renforcement des compétences régaliennes de justice, de sécurité, de santé et d’éducation, tout en assurant la péréquation et la régulation macro-économique. Aux régions le pilotage micro-économique et la mobilisation des forces vives pour une croissance solidaire et durable. Ce n’est qu’ainsi que la France fera la vraie réforme qu’elle a toujours repoussée


