Pour sauver le Parti Socialiste par Pierre Moscovici
28 | 11 novembre 2008POUR SAUVER LE PARTI SOCIALISTE
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10 novembre 2008
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Pourquoi tenir un tel blog ? Pourquoi, pour qui écrit-on ? Il m’arrive, c’est vrai de me poser la question. Pourquoi, pour qui militer ? Je me pose aussi cette question-là , de temps à autre. Et, c’est vrai, nous vivons des temps étranges, où le vouloir vivre ensemble des socialistes est abîmé, où la raison est égarée, où l’on se dit, où je me dis - parce que je me vois comme un bon professionnel de la politique, et un peu mieux que ça, un homme attaché à son parti, qui y défend des idées, des orientations fidèles à notre histoire et ancrées dans notre temps, partisan d’une ambition collective qui n’exclut pas l’ambition pour soi mais ne s’y résume pas, soucieux de diriger sans écraser, armé de quelques convictions, mais aussi d’un doute salutaire - que je dois décidément être un archaïque, un ringard, presque un survivant.
Quand je lis certaines remarques ici, totalement déraisonnables, intolérantes, fanatisées parfois ; quand je fais le point sur des Congrès fédéraux où chacun, chez soi, a construit sa propre stratégie d’alliance, sans aucune logique ni cohérence nationales ; quand je pense au Congrès fédéral du Doubs, où j’ai vu un garçon, décrit ici comme un saint, battu deux fois à des scrutins au sein de sa motion se présenter ensuite au vote des militants en attendant le soutien des autres courants, où j’ai entendu des camarades, le plus sérieusement, le plus tranquillement du monde, expliquer que 29 % en France est un score triomphal, devant lequel il faudrait s’incliner sans débat, mais que 49,9 % dans la fédération ne donne aucun titre à la diriger, où j’ai assisté à la candidature d’un ancien
Premier secrétaire fédéral qui avait démissionné par lassitude de cette fonction, qu’il avait bien et longtemps occupé, pour barrer la route de la motion majoritaire ; oui, quand je pense, vois, entends, constate tout ça, je me pose des questions sur l’état du Parti socialiste, sur les relations entre nous, sur notre capacité à réussir un Congrès de Reims utile aux Français, et non offert à Nicolas Sarkozy. C’est pourtant là une ardente nécessité.
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Est-ce possible ? J’ai analysé, ici, la situation comme préoccupante, il est logique que la solution soit compliquée.
Quitte à déranger certains, qui croient que tout est simple, que le vote du 6 novembre a été limpide, qu’une issue seule s’impose, qu’une motion, ou telle ou telle personnalité, de qualité c’est vrai, dominent toutes les autres de la tête et des épaules, je voudrais mettre en évidence une analyse, et proposer une démarche qui ne se résument pas à la génuflexion à laquelle on m’invite, mais qui partent de la réalité du moment.
Quelques mots, d’abord, sur notre situation. Chacun devrait être conscient de quelques certitudes, mais aussi de vraies difficultés.
Les certitudes, d’abord.
Une motion, la motion E, est arrivée en tête, il lui revient de tenter de construire la synthèse : cette responsabilité ne saurait lui être disputée, il faut même contribuer à la réussite du rassemblement. Mais elle ne bénéficie pas d’un chèque en blanc : avec 29 %, alors que les trois autres courants principaux ont obtenu 25 %, 24 % et 19 %, elle est loin, très loin de la majorité, il lui faut la construire en respectant les autres sensibilités du parti.
Pour cela, doivent être traitées, et résolues, quelques questions politiques : la social-démocratie est-elle périmée ou à repenser ? Quelle conception du parti ? Quel rôle pour les militants ? Quelle rénovation ? Quelle conception de l’Europe ? Quelles alliances ? C’est autour de ce débat, et non à partir d’une logique autoritaire, que rien ne justifie, que l’on peut, ou non, parvenir à une issue politique cohérente.
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Les difficultés, toutefois, ne manquent pas.
La première concerne l’interprétation de ce vote éclaté. Il y a en effet plusieurs grilles de lecture possibles, selon le point de vue où l’on se place, selon que l’on s’attache à la motion en tête – 29 % - au score d’une supposée « gauche » du parti – 43 % - d’une logique réformiste – 55 % ou 80% - ou encore à l’hypothèse, que je récuse, d’un front anti-Royal – 71 %. De la lecture qui s’imposera surgira la clé du congrès.
La seconde difficulté tient au degré de légitimité au sein de la motion E. J’ai écrit ici, et je le maintiens, que celle de Ségolène Royal elle-même est beaucoup plus forte – devant les Français, devant les militants – que celle de ses lieutenants, en lutte féroce – contre elle ? Entre eux ? – pour le leadership de cette motion. À l’évidence, leur capacité à rassembler – ce n’est pas faire injure à leurs talents, différents et incontestables, mais un simple constat – serait bien moindre, l’espace pour des combinaisons, hostiles ou amicales, à leur endroit, ou pour d’autres candidatures tout aussi pertinentes que la leur, s’ouvrirait.
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Alors quelle démarche pour la motion A ?
Elle doit, comme l’a dit Bertrand Delanoë, être une partie de la solution, en aucun cas un problème. Elle doit examiner les propositions qui lui seront faites en défendant ses conceptions, débattre sincèrement sur la base de ses orientations, avec ses « lignes rouges », mais aussi avec le souci de l’intérêt général. Elle ne saurait se prêter à aucun arrangement artificiel, à aucune coalition hétéroclite, mais sans pour autant abdiquer ses exigences. Avant le congrès, pendant le congrès - un Congrès qui risque d’être très tendu - après le Congrès, au lendemain duquel la vie du Parti socialiste sera, quoi qu’il arrive, au mieux délicate, elle a le devoir d’être un pôle de stabilité, de se comporter avec sérénité, responsabilité, et pour cela de rester unie. C’est sur ces bases que pour ma part, non sans crainte mais avec les idées claires, j’aborde cette semaine redoutable. Il serait bon, j’en suis convaincu, que cet état d’esprit, fondé sur la raison, l’emporte sur les humeurs, la mauvaise foi, la soif de pouvoir qui dominent trop de socialistes aujourd’hui.
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Car réussir Reims puis remettre le parti au travail est, comme je ne cesse de le dire depuis un an, la condition sine qua non pour une gauche à la hauteur de sa tâche historique.
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Reconnaissez que les avertissements que j’ai dispensés ici se sont, hélas, avérés pertinents. Il est encore temps de sauver le Parti socialiste.
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Pierre MOSCOVICI
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